Anthropic estime que l’intelligence artificielle pourrait bientôt devenir capable de concevoir et d’entraîner ses propres successeurs. Dans un article publié le 8 juin, les dirigeants Jack Clark et Marina Favaro expliquent que l’idée d’une IA capable de s’améliorer elle-même de manière récursive n’est plus seulement théorique et pourrait arriver beaucoup plus vite que prévu.

Selon eux, les principales limites actuelles ne sont plus vraiment liées à l’intelligence des modèles, mais plutôt aux ressources matérielles : puces électroniques, électricité et bande passante. Anthropic évoque même la possibilité d’un ralentissement temporaire et coordonné du développement des IA les plus avancées afin de laisser le temps à la recherche sur la sécurité et aux institutions publiques de rattraper leur retard.
L’entreprise s’appuie notamment sur ses propres chiffres. En mai 2026, l’assistant Claude aurait généré plus de 80 % du code intégré aux dépôts internes d’Anthropic, permettant aux ingénieurs de produire environ huit fois plus de code par trimestre qu’avant 2025.
Les évaluations externes montrent également une progression spectaculaire. L’organisme METR observe que la durée des tâches qu’une IA peut accomplir seule double environ tous les quatre mois : on est passé de tâches de quelques minutes début 2024 à des tâches pouvant durer jusqu’à 12 heures en avril 2026. De son côté, le benchmark scientifique CORE-Bench montre que les agents IA sont passés d’environ 20 % de réussite dans la reproduction de résultats scientifiques en 2024 à un niveau proche de la saturation seulement quinze mois plus tard.
Anthropic ne demande toutefois pas un arrêt immédiat du développement de l’IA. L’entreprise estime qu’un ralentissement n’aurait aucun impact réel s’il était appliqué par une seule société. Selon elle, une telle décision devrait être coordonnée entre plusieurs laboratoires et gouvernements.
Cette prise de position intervient alors qu’Anthropic vient également de déposer discrètement un dossier d’introduction en bourse, illustrant la compétition extrêmement intense entre les grands acteurs du secteur.
Les réactions ont été partagées. L’investisseur David Sacks a accusé Anthropic de tenir un discours alarmiste tout en continuant à accélérer le développement de ses modèles. De son côté, Andrew Hall estime qu’un ralentissement coordonné paraît aujourd’hui moins irréaliste qu’auparavant. Quant au chercheur Gary Marcus, il considère qu’Anthropic n’a probablement aucune intention réelle de freiner et voit surtout dans cette communication une stratégie sans coût destinée à renforcer son image.
Alors que Google affirme désormais que la majorité de son code est générée par IA et que de nombreuses startups dépensent davantage en puissance de calcul qu’en salaires, le message d’Anthropic est clair : les progrès de l’IA s’accélèrent extrêmement vite, les enjeux deviennent gigantesques, et le monde pourrait manquer du temps nécessaire pour s’y préparer correctement.